Les sculptures de Romain Métivier forment un décor. Chaque œuvre communique avec les autres pour former un ensemble que l’artiste nomme un paysage. Ce dernier entremêle différentes références : archéologie, ethnologie, cinéma, littérature. De la culture populaire à l’histoire de l’art, il mixe les univers pour produire des objets non identifiés. La nature est la source d’inspiration première de l’artiste. Il en capte les matériaux, les formes, les textures, les objets et procède à une traduction matérielle et conceptuelle. Il joue ainsi avec la dimension artificielle de l’objet, son apparence est toujours trompeuse. Le regardeur pense voir des matériaux tels que le bois, la terre, l’acier, le béton, la pierre ou encore du cuivre, pourtant le leurre est total. Résine acrylique, polystyrène extrudé et peinture sont à la base de sa pratique sculpturale. Par le moulage et l’association, Romain Métivier donne corps à des objets qui semblent avoir une fonction, qui semblent avoir été prélevés dans la nature, qui semblent provenir d’une ethnie lointaine, voire d’une autre planète. Un flot dichotomique s’installe entre le passé et le présent, l’artisanal et l’industriel, la réalité et la fiction. En creux, il développe une réflexion sur la notion d’exotisme. Les objets à la fois familiers et étrangers, nous renvoient à des géographies lointaines, qui, par le truchement matériel et le déplacement formel, sont invalidées. Le jeu des faux-semblants ouvre une infinité de portes. Les décors-paysages génèrent des espaces narratifs où la nature est fantasmée et où le regardeur se fait à la fois scénariste et acteur. La déambulation crée l’histoire. Les réminiscences, les impressions et les associations activent les formes silencieuses, brutes et déconcertantes. Par un jeu de glissements perceptuels et mémoriels, les œuvres font appel à un imaginaire collectif que l’artiste s’emploie à perturber avec finesse.

Julie Crenn

(texte paru dans le catalogue de la Biennale de la jeune création de Houilles)