L’ensemble des sculptures de Romain Métivier dégage une sensation d’étrangeté mais aussi une certaine familiarité.
Elles semblent en effet être des objets fonctionnels dont on ne connaîtrait pas ou plus l’usage, des objets sortis d’un musée d’histoire naturelle ou d’ethnographie qui auraient appartenu à une civilisation ancienne ou lointaine; dans tous les cas des objets exotiques associés à des modes de vie éloignés de la société moderne. Pourtant leur aspect factice apparaît presque dans le même temps au regard: les matériaux de construction sont tout aussi artificiels que la résine, produit industriel par excellence, que l’artiste utilise pour les réaliser. Elles apparaissent ainsi comme autant d’éléments d’un décor.
L’univers de Romain Métivier s’impose donc là, à la croisée du musée d’histoire naturelle et du film d’aventure. Si elles s’inspirent d’objets réels et même si l’artiste a des préférences géographiques et culturelles dans lesquelles il puise ses formes, elles ne font pas références à une culture précise. Ses oeuvres sont bien plutôt l’expression en volume de la soif de mystère, d’exotisme et de fantastique propre à ces univers.
L’artiste envisage ainsi ses pièces comme le pendant sculptural de séries de science-fiction (X-Files, Lost), d’un certain cinéma (Steven Spielberg, Werner Herzog, La nuit du Chasseur de Charles Laughton), du dessin et de la littérature fantastique du XIXème siècle (les illustrations de Gustave Doré, Dracula de Bram Stolker), et de toutes les formes de culture où s’est niché le désir d’irrationnel depuis les prémices du modernisme. Bien loin d’une posture critique ou analytique de l’antagonisme entre rationalité et fantasme qui aurait traversé l’histoire moderne et qui caractérise d’autres positions artistiques, Romain Métivier fait bien plutôt la proposition de se laisser aller à ce besoin d’imaginaire, de fantastique et de récit. Il utilise pour cela les codes de représentation des décors de séries ou de films pour plonger le spectateur dans un univers dont on aurait perdu la trame.
Selon les mots de l’artiste, il conçoit une exposition « comme un paysage dont chaque sculpture serait un fragment, un acteur. Laissant les espaces vides au regard et au background de chacun pour en dessiner le reste. Un paysage habité, sans repère géographique, ni historique. Un paysage souhaité et non vécu. » L’exposition est donc aussi le lieu d’une promenade, d’une errance, d’un récit à construire. Ses sculptures sont des propositions faites au spectateur d’inventer la part manquante pour tenter d’en expliquer une provenance et une histoire.
Le travail de Romain Métivier joue ainsi avec le fantasme de mondes engloutis, de zones vierges et de continents inexplorés qui semblent avoir toujours trouvé des lieux où s’exprimer malgré la fin des grandes explorations.

Mathilde Johan

(texte pour l'exposition Les rails et les dormants à La fermeture éclair à Caen)