Le basalte a une structure microlithique composée essentiellement de plagioclases, de pyroxènes, d’olivine, et de magnétite. Cette roche volcanique sombre est obtenue lorsque le magma se solidifie au contact de l’eau et de l’air. Un exposé rigoureux sur la nature du basalte serait tentant s’il ne s’éloignait des intentions premières de Romain Métivier dont le travail sur la minéralogie évoque plutôt l’amateurisme du collectionneur fasciné par la beauté des formes géologiques, un XIXe siècle où le développement scientifique est encore empreint de projections fantastiques, de paysages lointains, de légendes et de théories loufoques. Cette double perspective formelle et fictionnelle est en effet au coeur de sa proposition pour Chez Robert. Il s’appuie dans un premier temps sur la dimension miniature de ce projet singulier de galerie en s’intéressant aux techniques d’étude microscopique du basalte, qui s’opère par la réalisation d’une lame mince, une coupe fine de la roche qui révèle une structure de fragments colorés et enchevêtrés. A partir de cette représentation évoquant un travail de vitrail, il réalise une verrière qui vient chapeauter l’espace de Chez Robert et projeter dans la salle d’exposition, sous l’action d’un éclairage artificiel, des halos bleus, orange ou fuchsia. Il se dégage ainsi une atmosphère diaphane rappelant autant l’esthétique de L’enfer de Clouzot, de certains films d’Argento ou de 2001 L’Odyssée de l’espace que les projections des vitraux du clocher de l’église Saint-Joseph du Havre dessinée par Perret. Au sol, reposent des formes longilignes et hexagonales, colorées et pailletées, directement inspirées, dans une version certes plus pop, des orgues basaltiques, impressionnantes formations géologiques qui strient verticalement la roche, comme autant de pieux dressés. L’exposition repose ainsi sur un jeu d’échelle, entre manifestations microscopiques et maximalistes d’un même phénomène naturel, mais réussit cependant à s’extraire du référent d’origine pour apporter une autonomie formelle à des pièces qui fonctionnent comme des amorces de fictions, comme le décor d’une action venant d’être jouée ou restant à advenir. Comme souvent, Romain Métivier échappe à l’existant pour tendre vers une projection fantasmée, entre images de fête triste, ambiance SF et découverte de trésor archéologique à la sauce Indiana Jones.

Raphaël Brunel

(texte pour l'exposition Basalte, Chez Robert)