À propos du travail de Claes Oldenburg, Donald Judd a écrit que « rien de fabriqué n’est simplement objectif, purement pratique ou simplement présent. » Alors qu’Oldenburg imitait les objets fabriqués par l’homme, Judd donnait à voir le matériau pour lui-même (dans son « agressivité » pour reprendre un terme récurrent dans ses écrits); c’est par cette éthique du « truth to materials » (« honnêteté envers le matériau ») qu’on peut le relier à la tradition moderniste — picturale, sculpturale et architecturale.
Romain Métivier, comme c’est le cas d’un certain nombre de jeunes artistes aujourd’hui, peut-être éreinté du lourd héritage de l’histoire de l’art, semble, à première vue, se déprendre de ses codes, de ses références, de son existence supposée comme domaine séparé, pour reprendre sur un terrain neutre — mais peut-il l’être tout à fait ? — la question non pas de l’ « objet d’art », mais de la catégorie plus générale de l’objet fabriqué par l’homme. En cela, comme je l’ai fait pour julien Bouillon avec qui il partage bien des points communs, on pourrait le qualifier d’ « artiste anthropologue ».
D’un artiste qui s’interroge sur l’usage des objets, sur ce que ces derniers disent d’une société, de ses moeurs, de ses croyances. Ainsi, dans le petit espace de la Fermeture Éclair dont Romain Métivier a très bien su tirer parti, une structure portante rudimentaire de ce qui semble être du bois, des récipients qui font penser à des calebasses: on pense à la tâche journalière du puisage de l’eau, dans des groupes humains, des ethnies, où la tâche quotidienne, la nécessité vivrière n’était pas séparée du rituel. Un rituel que rappelle également cette amphore, ou ce cratère (selon les types de la céramique grecque) de couleur cuivrée, fermé : on pense-là à une urne cinéraire, aux rites qui ont accompagné un défunt imaginaire vers l’au-delà.
Mais qu’on ne s’y trompe pas: ce qui chez Romain Métivier se donne comme entier, réel, authentique est en fait un piège pour l’oeil: du cuivre, du bois, du plomb, du bois ? Non: de la résine acrylique, du polystyrène extrudé, de la peinture. Nous sommes au royaume de l’imitation, où des objets font signe vers des âges définitivement perdus, des folklores dont nul n’a consigné la mémoire, une Grande Garabagne (Henri Michaux)…

Yann Ricordel

(texte paru dans la revue Inferno pour l'exposition Les rails et les dormants)